
Ambisonique ambitieux
Projection visuelle de l'espace sonore
Voici un outil qui résonne directement avec mon passé industriel et ce concept d’imagerie acoustique évoqué plus tôt : il est forcément addictif. Cette interface de visualisation transforme l’écoute en une expérience spatiale tangible, permettant d’identifier et de localiser chaque objet sonore avec une précision chirurgicale.
Au-delà de la simple observation, l’outil offre une zone de pilotage complète : réglage du panoramique, rendu audio pour l’enregistrement ou la diffusion multicanale, et une série de paramètres spécifiques pour affiner le résultat. Sans oublier un goniomètre ludique qui ajoute une touche de plaisir à l’analyse technique. De quoi occuper des heures entières à explorer toutes les facettes de l’espace sonore, transformant chaque mixage en une véritable exploration cartographique.

En résumé, cet outil novateur redéfinit la restitution sonore en offrant une palette de sorties extrêmement complète : de la simple monophonie à des réseaux multicanaux entièrement paramétrables. Imaginez une sphère de diffusion à 360°, ajustable horizontalement et en élévation, qui enveloppe l’auditeur placé en son centre. Une perspective vertigineuse qui a immédiatement attisé ma curiosité lors de sa découverte sur le forum SDO (lien dans l'onglet Œil du Son).
Ma démarche s’est alors articulée en trois étapes clés :
- L’expérimentation logicielle : J’ai d’abord acquis une licence HARPEX pour me familiariser avec l’outil, en testant ses capacités sur divers matériaux sonores glanés ici et là.
- Le choix stratégique du signal : La décision la plus importante concernait la source : format A ou format B ? J’ai opté pour le format B, plus adapté à mon approche artisanale. Disposant déjà d’un microphone en figure de 8, j’en ai ajouté deux autres pour capturer les vecteurs acoustiques X (avant/arrière), Y (gauche/droite) et Z (haut/bas), complétés par un microphone omnidirectionnel pour la composante W (l’énergie globale).
- Le défi mécanique critique : La théorie ambisonique exige un point de référence spatial unique pour tous les canaux, une coïncidence parfaite que la mécanique rend impossible à atteindre absolument, mais qu’il faut approcher au plus près pour éviter les artefacts de masquage. Après une première ébauche décevante, j’ai conçu un couplage mécanique précis utilisant des bagues frittées assemblées selon un montage spécifique. L’alignement, tant linéaire que perpendiculaire, a été garanti par des gabarits réalisés sur mesure à partir de tourets en bois.

Une fois les microphones assemblés et parfaitement indexés dans leur position relative, l’ensemble prend une allure futuriste saisissante. Cette structure complexe, évoquant irrésistiblement un vaisseau spatial prêt à naviguer dans l’hyperespace sonore, ne pouvait porter qu’un seul nom : Nostromo.

Quatrième étape, la plus ludique : concevoir une cage anti vent capable de protéger ce vaisseau lors de ses explorations nomades. Tout commence par un croquis, une ébauche sur papier pour figer le concept général. Ce dessin préliminaire est crucial : il doit intégrer non seulement la forme de la protection, mais aussi les défis de l’isolation vibratoire et les points d’ancrage permettant de fixer la tête ambisonique aussi bien sur un pied que sur une perche. C’est le moment où l’ingénierie rencontre le design, préparant Nostromo à affronter les éléments sans perdre sa précision.

En chinant dans les magasins d'arts créatifs, je trouve des supports de luminaire à découper ainsi que des tiges métalliques à tronçonner, bagues en caoutchouc mou, de la bande élastique, de quoi constituer une cage décente.

Cerise sur le gâteau; utilisation de supports antivibratoires DPA (le top), qui s'adaptent parfaitement aux préamplis CMC Schoeps.

Pour finir, une couverture de toile découpée "pelée" à partir de matériau acoustique industriel puis cousue à la main ...

Dernière étape: j'ai même trouvé chaussette et fourrure anti vent chez Ricotte, modèle pour micro canon qui convient très bien.
Question son ?
Du DPA et du Schoeps : l’alliance du dynamisme percutant et de la justesse absolue des timbres. Une recette de grand cru, heureusement à la hauteur du investissement requis.
Pourtant, la réalité de la scène sonore a apporté une nuance à cet enthousiasme. J’ai constaté un effet de "zoom" excessif, difficile à corriger en post-production sans sacrifier la largeur de l’espace en jouant sur les gains d’entrée. Le résultat ? Un déplacement latéral trop marqué des voix lorsque le chanteur tourne la tête, un détail qui peut devenir agaçant à l’écoute.
Cette particularité impose une rigueur absolue lors de la prise de son : le positionnement du dispositif est crucial pour éviter d’avoir à "réparer" l’espace et la présence des instruments ensuite. Je vous invite néanmoins à vous faire votre propre opinion avec les enregistrements réalisés lors d’un concert baroque, où Nostromo était suspendu en "overhead" à environ deux mètres de hauteur. Laissez-vous porter par ce Stabat Mater et ces chants corses, témoins de cette capture unique. A retrouver dans la section des samples.