Un buste objectif

Un buste objectif

NEKHBET II

Construire une tête artificielle anthropométrique pour la comparer à ma précédente réalisation anthropomorphique représentait l’aboutissement ultime de mon exploration de la prise de son binaurale native. 

Nekhbet II se distingue de sa version antérieure par une simplification de la charge acoustique en amont du microphone. Le capteur, équipé de sa grille de champ diffus est positionné sur un plan légèrement incliné à l’extrémité d’un conduit auditif raccourci. Bien que ce conduit soit moins profond que dans la réalité biologique, l’objectif n’était pas le mimétisme anatomique parfait, mais la justesse physique : reproduire avec précision les conditions de pression acoustique qui règnent à la surface du tympan (ou du diaphragme du microphone). C’est une reconstruction ciblée de la section externe et médiane de notre système auditif, conçue pour capturer l’essence de la filtration naturelle sans se perdre dans des détails superflus.

principe d'insertion des capsules DPA 4053, içi avec grille de champ direct

De fait, cette nouvelle architecture promet de réduire considérablement le besoin de micros additionnels pour la scène frontale, tout en offrant une restitution immersive d’un réalisme saisissant, fidèle à cette « réalité augmentée » propre à la binaurale. Les premières écoutes en espace clos sont particulièrement prometteuses : les réflexions de la salle y sont moins envahissantes, probablement grâce à la réintroduction des indices monauraux (ces informations de filtrage propres à chaque oreille) qui faisaient défaut à la version purement anthropomorphique. Les mesures électro-acoustiques à venir confirmeront sans doute cette intuition.

Mon positionnement technique a ainsi évolué : je reconnais désormais l’apport crucial des pavillons, mais je suis convaincu qu’il faut aller plus loin en intégrant la contribution de l’oreille moyenne, c’est-à-dire le conduit auditif et sa fermeture sur le plan où s’établit la pression acoustique (le tympan).

Nekhbet II incarne cette philosophie avec ses oreilles rigides, moulées à partir du modèle initial en silicone blanc. L’ensemble est conçu pour être démontable et ajustable en rotation, facilitant la maintenance et les essais techniques. Ce résultat n’est pas arrivé par hasard : il est le fruit de nombreux essais infructueux pour maîtriser les méthodes de réalisation et d’assemblage mécanique. Si la perfection n’est pas encore atteinte, le dispositif est déjà largement opérationnel pour mes besoins, et j’ai d’ores et déjà identifié les axes d’amélioration pour de futures itérations. C’est ainsi que progresse la recherche : par essais, erreurs et ajustements constants.

Le microphone sera monté en appui dans un lamage incliné côté intérieur

Quelques échantillons sonores, captés sur ma terrasse, vous attendent dans la section Samples. Pour respecter la dynamique naturelle de l’écoute, ils ont été normalisés à -24 dB LUFS-I et introduits par un fondu initial de 50 secondes, une invitation lente à laisser notre système auditif s’ajuster avant de plonger dans l’espace.

Trois tableaux sonores se dessinent :

  • Le bruit de la ville : Une immersion où se distinguent clairement les détails proches et lointains, offrant une appréciation immédiate de la perspective et de la profondeur de champ.
  • Ceux qui volent : Une démonstration de la capacité du dispositif à restituer la hauteur des objets sonores, permettant de suivre le trajet aérien des oiseaux avec une précision verticale souvent en retrait en stéréo classique.
  • La surprise des chats : Une confrontation de bruits très proches, où l’intimité et le réalisme de la proximité sont optimaux, capturant l’instantanéité d’une rencontre féline imprévue.

Ces enregistrements illustrent concrètement l’apport de l’oreille externe et du conduit dans la reconstruction d’un espace sonore crédible et tridimensionnel.

Edit du 19 Avril 2026

 Un nouveau test est actuellement en cours, explorant une variante subtile mais potentiellement déterminante : le remplacement de la grille de champ libre par la grille de champ diffus. Reconnaissable à sa couleur noire et à son motif distinctif, cette dernière est en réalité ma grille "historique", celle utilisée pour la majorité de mes essais précédents avec  Fidel et  Denzel.

Ce retour aux sources n’est pas un hasard, mais une démarche comparative rigoureuse. Il s’agit d’évaluer comment ce changement de filtre acoustique, qui modifie la manière dont les ondes arrivent sur le diaphragme (notamment en atténuant les incidences latérales et arrière), influence la signature spatiale de Nekhbet II. Est-ce que cette grille, par sa conception intrinsèque, apporte une coloration ou une précision que la version "champ libre" ne possède pas ? La réponse se niche dans la finesse de la restitution des réflexions et la naturalité du timbre, des détails que seule l’écoute attentive et les mesures à venir pourront trancher. 

Détail du montage à l'arrière de la capsule microphonique dans son logement

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